12000 milliards de dollars en 2015...
Les experts estiment à 12000 milliards de dollars les actifs des fonds souverains en 2015. les fonds souverains ne sont guère connus du grands publics. Leur définition « officielle » n'a rien de très parlant :
"des fonds publics sous tutelle de l’Etat et dont les réserves de long terme sont gérées distinctement des réserves de change des autorités monétaires et des entreprises publiques "
pour reprendre la définition adoptée par le rapport de M. Jean ARTHUIS, en tant que président de la commission du finance, sur ce sujet.
Ce qui signifie encore en d'autres termes, plus facilement accessibles au grand public : les fonds souverains sont des organisations financières qui disposent de la puissance publique, sans en avoir les contraintes classiques.
C'est ainsi que l'on ne connait pratiquement pas le détail des actifs de la plupart de ces fonds, ni bien sûr les stratégies adoptées et encore moins leur implementation. L'opacité est de règle et elle protégée par la nature "régalienne" de l'organisation en question.
Les principaux fonds souverains sont les suivants :
Principaux fonds souverains et estimation de l'encours
|
Date de création |
Pays |
Nom |
Encours estimé en milliards $ |
Source de revenus |
|
Principaux fonds anciens |
||||
|
1953 |
Koweït |
Kuwait Investment Authority (KIA) |
213 |
Pétrole |
|
1974 |
Singapour |
Temasek Holdings |
110 |
Commerce |
|
1976 |
Etats-Unis |
Alaska Permanent Fund |
39 |
Pétrole |
|
1976 |
Canada |
Alberta Heritage Savings Trust Fund |
17 |
Pétrole |
|
1976 |
E.A.U. |
Abu Dhabi Investment Authority (ADIA) |
875 |
Pétrole |
|
1981 |
Singapour |
Government of Singapore Investment Corporation (GIC) |
300 |
Excédents budgétaires |
|
N.S. |
Arabie Saoudite |
Diverses holdings publiques |
290 |
Pétrole |
|
1983 |
Brunei |
Brunei Investment Agency |
35 |
Pétrole |
|
1990 |
Norvège |
Government Pension Fund - Global (GPFG) |
322 |
Pétrole |
|
1997 |
Chine |
State Administration of Foreign Exchange (SAFE) Investment Company |
311 |
Réserves de change |
|
1993 |
Malaisie |
Khazanah Nasional BHD |
18 |
Pétrole |
|
Fonds créés depuis 2000 |
||||
|
2000 |
Qatar |
Qatar Investment Authority (QIA) |
50 |
Pétrole |
|
2000 |
Iran |
Oil Stabilization Fund |
12 |
Pétrole |
|
2000 |
Kazakhstan |
Kazakhstan National Fund (KNF) |
18 |
Pétrole, gaz |
|
2000 |
Algérie |
Fonds de régulation des recettes |
43 |
Pétrole |
|
2001 |
France |
Fonds de réserve des retraites |
35 |
Prélèvements sociaux |
|
2001 |
Irlande |
National Pensions Reserve Fund |
29 |
Commerce |
|
2001 |
Taïwan |
Taïwan National Stabilisation Fund (TNSF) |
15 |
Devises |
|
2002 |
E.A.U. |
Mubadala Development Company |
10 |
Pétrole |
|
2003 |
Russie |
Stabilisation Fund (SFRF) |
157 |
Pétrole |
|
2004 |
Australie |
Australia Government Future Fund (AGFF) |
54 |
N.D. |
|
2005 |
Venezuela |
National Development Fund |
15 |
Pétrole |
|
2005 |
Corée du Sud |
Korea Investment Corporation (KIC) |
30 |
Commerce |
|
2006 |
Dubaï |
Investment Corporation of Dubaï (ICD) |
82 |
Pétrole |
|
2007 |
Chili |
Economic and Social Stabilisation Fund |
10 |
Cuivre |
|
2007 |
Lybie |
Oil Reserve Fund |
40 |
Pétrole |
|
2007 |
Chine |
China Investment Company (CIC) |
200 |
Devises |
Sources : site Internet swfinstitute.org, FMI, McKinsey
On peut se poser la question de savoir, en quoi ces grandes et mystérieuses organisations financières « internationales » peuvent avoir un impact sur la structure du capitalisme financier occidental. On se permettra de citer à nouveau le rapport sénatorial :
« En 2007, les fonds souverains ont investi 67 milliards de dollars dans des sociétés occidentales, soit plus du tiers de l'activité mondiale de fusions-acquisitions. A compter de mai 2007 et durant la crise des subprimes, ils ont acquis pour environ 65 milliards de dollars de participations dans des banques et institutions financières occidentales, essentiellement entre novembre 2007 et janvier 2008, dont près de la moitié par les deux fonds de Singapour GIC et Temasek. »
Principales prises de participation de fonds souverains
dans des entreprises occidentales depuis mai 2007
|
Date |
Entreprise |
Fonds |
Investissement en milliards $ |
Part du capital |
|
02/05/07 |
HSBC |
ICD (Dubaï2(*)) |
1,2 |
N.D. |
|
06/07 |
Blackstone |
CIC (Chine) |
3 |
9,9 % |
|
05/07/07 |
EADS |
ICD (Dubaï) |
N.D. |
3,1 % |
|
23/07/07 |
Barclays |
Temasek (Singapour) |
1,4 |
2 % |
|
23/07/07 |
China Dvpt Bank |
3 |
4,3 % |
|
|
20/09/07 |
Carlyle |
Mubadala (Abu Dhabi) |
1,35 |
7,5 % |
|
N.D. |
Lagardère |
QIA (Qiatar) |
N.D. |
5,1 % |
|
20/09/07 |
London Stock Exchange |
DIFC (Dubaï) |
1,65 |
20 % |
|
30/11/07 |
Almatis (sidérurgie) |
ICD (Dubaï) |
1,2 |
majoritaire |
|
26/11/07 |
Citigroup |
ADIA (Abu Dhabi) |
7,5 |
4,9 % |
|
15/01/08 |
GIC (Singapour) |
6,8 |
3,7 % |
|
|
15/01/08 |
KIA (Koweït) |
7,7 |
4,1 % |
|
|
10/12/07 |
UBS |
GIC (Singapour) |
11,5 |
9,5 % en 2010 |
|
19/12/07 |
Morgan Stanley |
CIC (Chine) |
5 |
9,9 % |
|
26/12/07 |
Standard Chartered |
Temasek (Singapour) |
1,4 |
18 % |
|
N.D. |
Vivendi |
ADIA (Abu Dhabi) |
N.D. |
3 % |
|
04/04/08 |
Total |
SAFE (Chine) |
2,7 |
1,6 % |
|
12/07 |
Merrill Lynch |
KIC (Corée) |
3 |
2 % |
|
24/12/07 |
Temasek (Singapour) |
5,3 |
3,7 % |
|
|
15/01/08 |
KIA (Koweït) |
6,6 |
4,8 % |
Sources : FMI, InvestorSight, Les Echos
On remarque sans un être un grand analyste financier (ou un trader ou un golden boy !) que toutes les entreprises, dans lesquelles sont intervenues les fonds souverains, ont connu peu ou prou des soubresauts financiers conséquents.
L’exemple de Merril Lynch est d’autant plus intéressant (et inquiétant). Un de ses responsables était venus au Sénat (lors d’une table ronde organisée le 15 mai 2008) expliquer combien l’intervention de certains fonds souverains dans les opérations de Merril Lynch avait été bénéfique. Ce même responsable n’écartait toutefois pas totalement quelques risques…
On connaît la suite des événements.
Chaque période a eu ses « spéculateurs », ses « gnomes de Zurich » et à chaque fois, les gouvernements en place, les épargnants et les entreprises ont eu à en subir les conséquences.
Il est donc très urgent de penser à une moralisation des pratiques financières, mais il est tout aussi urgent de se rendre compte de la difficulté qui existe désormais d’endiguer les flots de milliards de dollars « ultra volatiles » qui apparaissent avec pour seul objectif de faire une bonne opération à court terme en jouant le plus souvent sur les faiblesses du système, mais aussi sur leur totale « invisibilité ».
On se souvient, que plus encore qu’en Europe, les organismes financiers américains sont tenus, de par le « Disclosure Act » de préciser l’origine des fonds qu’ils peuvent recevoir... Dans le cas présent, l’opacité du fonds avec « droits régaliens » protége totalement le véritable « spéculateur » qui n’a de compte à rendre à personne.
L’activité des fonds souverains s’est toujours montrée fébrile en ce qui concerne les fusions acquisitions. Il faut d’ailleurs constater que l’extrême laxisme des règles comptables a permis d’en bien des cas d’obtenir des résultats magnifiques avec des investissements relativement faibles (untangibles assets et notamment les « écarts d’acquisition »).
On se retrouvait avec des bilans qui affichaient une augmentation d’actifs de 100 pour une entreprise achetée 10. Les « 90 » qui auraient été « perdus », se retrouvaient alors en « écart d’acquisition » et en un « plus » au niveau des actifs.
A coté de ce premier « bénéfice », il y avait aussi, bien entendu, les gains sur le « dépeçage » de l’entreprise acquise : licenciements plus ou moins « secs », revente de matières premières, voire de biens de production !
On arrivait à dégager des sommes impressionnantes et la fusion-acquisition était devenu un département bien à part dans la plupart des banques et des cabinets de consultants…
Mais, il évident que ce petit jeu ne pouvait avoir que des limites. Retenons toutefois qu’il s’agit ici de la « liquidation » des biens de « l’économie réelle » !