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Dimanche 19 octobre 2008

12000 milliards de dollars en 2015...

 Les experts estiment à 12000 milliards de dollars les actifs des fonds souverains en 2015. les fonds souverains ne sont guère connus du grands publics. Leur définition « officielle » n'a rien de très parlant :

 

"des fonds publics sous tutelle de l’Etat et dont les réserves de long terme sont gérées distinctement des réserves de change des autorités monétaires et des entreprises publiques "

pour reprendre la définition adoptée  par le rapport de M. Jean ARTHUIS, en tant que président de la commission du finance, sur ce sujet.

 

Ce qui signifie encore en d'autres termes, plus facilement accessibles au grand public : les fonds souverains sont des organisations financières qui disposent de la puissance publique, sans en avoir les contraintes classiques.

 

C'est ainsi que l'on ne connait pratiquement pas le détail des actifs de la plupart de ces fonds, ni bien sûr les stratégies adoptées et encore moins leur implementation. L'opacité est de règle et elle protégée par la nature "régalienne" de l'organisation en question.

 

Les principaux fonds souverains sont les suivants :

 

 

 

 

 

Principaux fonds souverains et estimation de l'encours

Date de création

Pays

Nom

Encours estimé en milliards $

Source de revenus

Principaux fonds anciens

1953

Koweït

Kuwait Investment Authority (KIA)

213

Pétrole

1974

Singapour

Temasek Holdings

110

Commerce

1976

Etats-Unis

Alaska Permanent Fund

39

Pétrole

1976

Canada

Alberta Heritage Savings Trust Fund

17

Pétrole

1976

E.A.U.

Abu Dhabi Investment Authority (ADIA)

875

Pétrole

1981

Singapour

Government of Singapore Investment Corporation (GIC)

300

Excédents budgétaires

N.S.

Arabie Saoudite

Diverses holdings publiques
(? fonds souverains stricto censu)

290

Pétrole

1983

Brunei

Brunei Investment Agency

35

Pétrole

1990

Norvège

Government Pension Fund - Global (GPFG)

322

Pétrole

1997

Chine

State Administration of Foreign Exchange (SAFE) Investment Company

311

Réserves de change

1993

Malaisie

Khazanah Nasional BHD

18

Pétrole

Fonds créés depuis 2000

2000

Qatar

Qatar Investment Authority (QIA)

50

Pétrole

2000

Iran

Oil Stabilization Fund

12

Pétrole

2000

Kazakhstan

Kazakhstan National Fund (KNF)

18

Pétrole, gaz

2000

Algérie

Fonds de régulation des recettes

43

Pétrole

2001

France

Fonds de réserve des retraites

35

Prélèvements sociaux

2001

Irlande

National Pensions Reserve Fund

29

Commerce

2001

Taïwan

Taïwan National Stabilisation Fund (TNSF)

15

Devises

2002

E.A.U.

Mubadala Development Company

10

Pétrole

2003

Russie

Stabilisation Fund (SFRF)

157

Pétrole

2004

Australie

Australia Government Future Fund (AGFF)

54

N.D.

2005

Venezuela

National Development Fund

15

Pétrole

2005

Corée du Sud

Korea Investment Corporation (KIC)

30

Commerce

2006

Dubaï

Investment Corporation of Dubaï (ICD)

82

Pétrole

2007

Chili

Economic and Social Stabilisation Fund

10

Cuivre

2007

Lybie

Oil Reserve Fund

40

Pétrole

2007

Chine

China Investment Company (CIC)

200

Devises

Sources : site Internet swfinstitute.org, FMI, McKinsey

On peut se poser la question de savoir, en quoi ces grandes et mystérieuses organisations financières « internationales » peuvent avoir un impact sur la structure du capitalisme financier occidental. On se permettra de citer à nouveau le rapport sénatorial :

« En 2007, les fonds souverains ont investi 67 milliards de dollars dans des sociétés occidentales, soit plus du tiers de l'activité mondiale de fusions-acquisitions. A compter de mai 2007 et durant la crise des subprimes, ils ont acquis pour environ 65 milliards de dollars de participations dans des banques et institutions financières occidentales, essentiellement entre novembre 2007 et janvier 2008, dont près de la moitié par les deux fonds de Singapour GIC et Temasek. »

Principales prises de participation de fonds souverains
dans des entreprises occidentales depuis mai 2007

Date

Entreprise

Fonds

Investissement en milliards $

Part du capital

02/05/07

HSBC

ICD (Dubaï2(*))

1,2

N.D.

06/07

Blackstone

CIC (Chine)

3

9,9 %

05/07/07

EADS

ICD (Dubaï)

N.D.

3,1 %

23/07/07

Barclays

Temasek (Singapour)

1,4

2 %

23/07/07

China Dvpt Bank

3

4,3 %

20/09/07

Carlyle

Mubadala (Abu Dhabi)

1,35

7,5 %

N.D.

Lagardère

QIA (Qiatar)

N.D.

5,1 %

20/09/07

London Stock Exchange

DIFC (Dubaï)

1,65

20 %

30/11/07

Almatis (sidérurgie)

ICD (Dubaï)

1,2

majoritaire

26/11/07

Citigroup

ADIA (Abu Dhabi)

7,5

4,9 %

15/01/08

GIC (Singapour)

6,8

3,7 %

15/01/08

KIA (Koweït)

7,7

4,1 %

10/12/07

UBS

GIC (Singapour)

11,5

9,5 % en 2010

19/12/07

Morgan Stanley

CIC (Chine)

5

9,9 %

26/12/07

Standard Chartered

Temasek (Singapour)

1,4

18 %

N.D.

Vivendi

ADIA (Abu Dhabi)

N.D.

3 %

04/04/08

Total

SAFE (Chine)

2,7

1,6 %

12/07

Merrill Lynch

KIC (Corée)

3

2 %

24/12/07

Temasek (Singapour)

5,3

3,7 %

15/01/08

KIA (Koweït)

6,6

4,8 %

Sources : FMI, InvestorSight, Les Echos

 

On remarque sans un être un grand analyste financier (ou un trader ou un golden boy !) que toutes les entreprises, dans lesquelles sont intervenues les fonds souverains, ont connu peu ou prou des soubresauts financiers conséquents.

 

L’exemple de Merril Lynch est d’autant plus intéressant (et inquiétant). Un de ses responsables était venus au Sénat (lors d’une table ronde organisée le 15 mai 2008) expliquer combien l’intervention de certains fonds souverains dans les opérations de Merril Lynch avait été bénéfique. Ce même responsable n’écartait toutefois pas totalement quelques risques…

 

On connaît la suite des événements.

 

Chaque période a eu ses « spéculateurs », ses « gnomes de Zurich » et à chaque fois, les gouvernements en place, les épargnants et les entreprises ont eu à en subir les conséquences.

 

Il est donc très urgent de penser à une moralisation des pratiques financières, mais il est tout aussi urgent de se rendre compte de la difficulté qui existe désormais d’endiguer les flots de milliards de dollars « ultra volatiles » qui apparaissent avec pour seul objectif de faire une bonne opération à court terme en jouant le plus souvent sur les faiblesses du système, mais aussi sur leur totale « invisibilité ».

 

On se souvient, que plus encore qu’en Europe, les organismes financiers américains sont tenus, de par le « Disclosure Act » de préciser l’origine des fonds qu’ils peuvent recevoir... Dans le cas présent, l’opacité du fonds avec « droits régaliens » protége totalement le véritable « spéculateur » qui n’a de compte à rendre à personne.

 

L’activité des fonds souverains s’est toujours montrée fébrile en ce qui concerne les fusions acquisitions. Il faut d’ailleurs constater que l’extrême laxisme des règles comptables a permis d’en bien des cas d’obtenir des résultats magnifiques avec des investissements relativement faibles (untangibles assets et notamment les « écarts d’acquisition »).

 

On se retrouvait avec des bilans qui affichaient une augmentation d’actifs de 100 pour une entreprise achetée 10. Les « 90 » qui auraient été « perdus », se retrouvaient alors en « écart d’acquisition » et en un « plus » au niveau des actifs.

 

A coté de ce premier « bénéfice », il y avait aussi, bien entendu, les gains sur le « dépeçage » de l’entreprise acquise : licenciements plus ou moins « secs », revente de matières premières, voire de biens de production !

 

On arrivait à dégager des sommes impressionnantes et la fusion-acquisition était devenu un département bien à part dans la plupart des banques et des cabinets de consultants…

 

Mais, il évident que ce petit jeu ne pouvait avoir que des limites. Retenons toutefois qu’il s’agit ici de la « liquidation » des biens de « l’économie réelle » !

 

Par JMB
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